Lettre d'un ami socialiste : le mur et la honte

Publié le par Zéro Royal


J'ai reçu une lettre émouvante d'un ami d'enfance, militant socialiste de longue date. Avec son accord, je la publie in extenso.

 
 

Mon ami, 
 

Je viens me confier à toi, en toute franchise, en cette période difficile. Que de discussions, d'affrontements et aussi de rêves avons-nous partagés ensemble dans notre jeunesse ! Parfois jusqu'au petit matin. Et voilà qu'aujourd'hui le doute et l'angoisse me reprennent. Tu en connais la cause : notre candidate, encore et toujours elle. 
 

J'ai suivi son voyage au Moyen-Orient. Passe les contradictions et les polémiques amplifiées par l'UMP. Admettons encore que sa déclaration sur le nucléaire iranien soit à mettre au compte de la naïveté et de l'incompétence notoire. Mais il y a une chose qui ne passe pas. C'est sa déclaration sur le mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie, à sa sortie d'un entretien avec le Premier ministre israélien Ehoud Olmert. 
 

« Quand c'est nécessaire pour la sécurité, je crois qu'effectivement une construction est sans doute justifiée. Encore faut-il que les choses se fassent dans une bonne entente et qu'en particulier le problème du tracé de ce mur puisse être résolu », a-t-elle déclaré, en précisant « Vous savez qu'il y a un problème sur le tracé de ce mur, donc je ne veux pas non plus en dire davantage » et expliquant ne pas avoir abordé cette délicate question lors de ses différents contacts bilatéraux. 
 

Ainsi ne retient-elle de ce mur qu'un problème de tracé. Je ne sais pourquoi, mais il m'est venu à l'esprit cette déclaration de Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois et président de l'UE, après l'échec du Conseil européen du 17 juin 2005 pour des histoires de gros sous et d'égoïsmes nationaux : « j'ai eu honte lorsque j'ai entendu l'un après l'autre tous les nouveaux pays membres, tous plus pauvres les uns que les autres, dire que dans l'intérêt d'un accord ils seraient prêts à renoncer à une partie de leurs exigences financières ; j'ai eu honte ». 
 

Et moi aussi, soudain, j'ai eu honte. Comme tout militant socialiste sincère, je pense.  

Honte devant le silence assourdissant de notre candidate à la présidence de la République française face à ce mur de déchirement.

Honte devant l'absence de compassion pour les souffrances causées aux palestiniens vivant de l'autre côté de la barrière.

Honte devant l'ignorance des drames qu'il provoque et de la haine qu'il entretient.

Honte devant cette recherche intéressée de la bienveillance israélienne au mépris des valeurs du socialisme qu'elle est sensée incarner. 
 

Le mur de séparation, de 730 kilomètres et jusqu'à 8 mètres de haut, a été condamné par l'Assemblée générale des Nations unies en octobre 2003, déclaré contraire au droit international par la Cour internationale de justice en juillet 2004, jugé illégal sur une partie de son tracé par la Cour suprême d'Israël en septembre 2005. Je sais bien qu'Israël l'a construit pour se protéger des kamikazes palestiniens venus de Cisjordanie pour commettre des attentats-suicide sur son territoire et qu'il se révèle relativement efficace, mais au prix de combien de malheurs et de souffrances. Le remède n'est-il pas pire que le mal ? Ne favorise-t-il pas l'enfermement, le désespoir et la séparation de deux peuples au lieu les amener à négocier la paix ? Et faudrait-il alors admettre aussi les détentions arbitraires, les exécutions sommaires, les tortures, au nom de la sécurité et de l'efficacité ? 
 

J'aurais aimé que notre candidate mette en application son principe de franc-parler, qu'elle livre sa « parole de vérité » comme elle dit et qu'elle lance à la face du monde un « ne construisez pas un mur mais des ponts » qui nous aurait fait chaud au coeur, à nous autres socialistes convaincus. J'oubliais simplement que l'enjeu pour elle n'est pas de délivrer la vérité de notre parti mais de caresser Israël dans le sens du poil pour récupérer le maximum de votes juifs en France. En ce sens, son voyage a sans doute été un beau succès marketing. 
 

Combien de couleuvres les militants aveuglés vont-ils encore avaler avant de réagir ? C'est la question que je me pose. Quant à moi - tu me connais - je ne veux pas brusquer les choses, j'observe, j'écoute et je doute. Je me suis toujours battu pour nos idées et tant mieux si elles nous amènent au pouvoir, jamais pour le pouvoir et tant pis s'il faut y sacrifier nos idées. Sur ce principe là, je ne transigerai pas.   
 

Avant de te quitter, je te demande une chose : sois mesuré sur ton blog, ne fais pas l'amalgame entre ce qu'elle dit et ce que nous pensons, respecte la foi sincère du militant. Comme il est écrit en tête de ton blog : qu'avons-nous fait pour mériter cela ? Merci à toi. 
 

Ton ami, Jean-Luc. 
 

Publié dans zero.royal

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